Plus d’ an après le lancement officiel des travaux, le centre technique de Gbavé, dans la commune Zio 2, est encore loin d’être pleinement opérationnel. Alors que la première phase du projet devait initialement s’achever avant la fin de 2025, seul le terrain synthétique semble avoir été achevé. Entre difficultés financières, défaillance d’une entreprise, problèmes d’assainissement et contraintes liées au décaissement des fonds, le chantier avance à un rythme qui interroge.
Le 8 avril 2025, le lancement du centre technique de Gbavé avait suscité de grandes attentes dans le football togolais. Aux côtés du président de la Fédération togolaise de football (FTF), Guy Akpovi, la ministre des Sports et des Loisirs, Dr Lidi Bessi Kama, avait marqué de sa présence le démarrage officiel de ce projet présenté comme une infrastructure majeure pour la formation et la détection des jeunes talents.
À cette occasion, le président de la FTF affichait son optimisme quant au calendrier des travaux.
« Le travail a déjà commencé et, d’ici la fin d’année, la première phase peut prendre fin et nous pouvons accueillir des jeunes de tous les bords afin que nous puissions détecter de vrais talents »,
avait déclaré Guy Akpovi.
Mais plus d’un an après ce lancement, la réalité du chantier est bien différente des projections initiales. La première phase n’a toujours pas été entièrement réceptionnée. À ce stade, le terrain synthétique constitue l’élément majeur achevé, tandis que les autres composantes du projet restent en cours de réalisation.
Des difficultés dans l’exécution
Le retard ne serait pas lié à une seule cause. Au sein de la FTF, on évoque plutôt une succession de difficultés ayant affecté le calendrier d’exécution.
Le deuxième vice-président de la FTF, Agoro Medjessiribi, a apporté des explications sur les raisons de ce décalage. Selon lui, certaines entreprises engagées dans le projet auraient sous-estimé les difficultés liées à l’exécution des travaux, se retrouvant ensuite confrontées à des complications financières et techniques.
« Quand il s’agit de l’exécution, certains avaient peut-être mal évalué la chose et se retrouvent dans des complications de réalisation. Peut-être que ce qu’ils avaient avancé ne pouvait plus répondre aux réalités du chantier. Ils ont commencé le travail et se sont arrêtés. »
Une situation qui a eu des conséquences sur l’ensemble du calendrier. Le fonctionnement du financement du projet, notamment les décaissements successifs, impose en effet une certaine synchronisation entre les différents lots de travaux.
« Alors que, dans le schéma d’ensemble, pour que la FIFA envoie une seconde tranche, il faut que tous atteignent le même niveau d’avancement. Or, certaines entreprises étaient en retard par rapport à d’autres »,
explique Agoro Medjessiribi lors d’une conférence de presse animée au dernier congrès de la FTF
Une entreprise écartée après des difficultés financières
Le cas d’une entreprise aurait particulièrement contribué au ralentissement du chantier. Incapable de mobiliser les ressources financières nécessaires à la poursuite des travaux, celle-ci a finalement dû être écartée.
« Nous étions même obligés d’aller en justice pour éliminer une entreprise qui, carrément, était dans l’impossibilité d’obtenir un prêt dans les banques togolaises. Donc, pour ne pas retarder les autres entreprises, on a dû l’écarter et prendre une autre qui a réussi aujourd’hui à atteindre le niveau des autres »,
poursuit le deuxième vice-président de la FTF.
Ce changement d’entreprise, intervenu en cours de réalisation, constitue nécessairement un facteur supplémentaire de ralentissement. Au-delà du temps consacré à la procédure et à la sélection d’un nouveau prestataire, la reprise d’un lot de travaux implique souvent une réorganisation technique et financière.
Le problème majeur : l’assainissement
À Gbavé, la nature du site constitue également un obstacle important. Le centre est implanté sur un terrain particulièrement exposé aux eaux de pluie.
« Aujourd’hui, le lieu est profondément dans l’eau. C’est un bas-fond »
reconnaît Agoro Medjessiribi.
Cette caractéristique du terrain complique considérablement l’accès au site et la poursuite de certains travaux, particulièrement pendant les périodes pluvieuses.
« Quand il pleut, c’est difficile d’accéder au lieu et on est obligé d’attendre le deuxième décaissement de la FIFA pour financer les canalisations d’eau et autres. C’est ça qui retarde le projet. »
Le problème d’assainissement apparaît donc comme l’un des points critiques du chantier. La construction des ouvrages ne peut véritablement avancer dans de bonnes conditions sans la maîtrise des eaux présentes sur le site.
La FTF assure toutefois que des efforts sont actuellement entrepris pour améliorer la situation.
« Mais quand même, ces derniers jours, les bâtiments sont bien debout. On essaie aussi de chasser l’eau du milieu afin de poursuivre le travail »
assure le dirigeant fédéral.
Un projet ambitieux pour la formation
Le centre technique de Gbavé ne se limite pas à un simple terrain de football. Le projet est conçu comme un véritable complexe sportif et de formation destiné notamment à renforcer la détection, la formation et l’accompagnement des jeunes talents togolais.
Le futur centre doit comprendre une pelouse principale, des vestiaires, un magasin avec sanitaires, une pelouse secondaire, des mini-terrains, des courts de tennis extérieurs, un terrain de basketball, une piscine avec bar, une piscine olympique, des espaces de restauration et de rééducation, une salle de musculation, des salles de formation, un bloc administratif, des espaces de réunion et des installations médicales.
À cela s’ajoutent des bungalows, des logements pour les encadreurs et les jeunes, un camp de panneaux photovoltaïques, un château d’eau, un parking, un domaine forestier et un espace de pétanque.
Cette ambition explique aussi l’importance du chantier et, par conséquent, les défis auxquels sont confrontés les différents intervenants.
Une première phase déjà revue dans le temps
La première phase du projet prévoit notamment la construction de 68 chambres, deux salles polyvalentes, un bloc administratif, un bureau de direction et un terrain synthétique de football.
Lors du lancement, l’objectif affiché par le président de la FTF était de voir cette première étape achevée avant la fin de l’année 2025. Cet objectif n’a cependant pas été atteint.
La situation actuelle montre donc un décalage entre le calendrier initialement annoncé et l’état réel du chantier. Ce décalage ne signifie pas pour autant un abandon du projet. Les explications fournies par la FTF montrent plutôt que le chantier a été confronté à plusieurs obstacles successifs comme : difficultés de certains prestataires, remplacement d’une entreprise, contraintes de financement et surtout problèmes d’évacuation des eaux.
Mais le retard enregistré rappelle aussi la nécessité d’un meilleur réalisme dans l’établissement des calendriers de réalisation. Entre les contraintes du terrain, les capacités financières des entreprises et les exigences liées aux décaissements successifs, un projet de cette envergure nécessite une planification qui anticipe davantage les difficultés.
Plus d’un an après le lancement, le chantier a certes pris du retard, mais la FTF affirme que les travaux se poursuivent et que les bâtiments commencent désormais à prendre forme. Reste à savoir si les mesures annoncées pour évacuer les eaux et le prochain décaissement permettront d’accélérer suffisamment les travaux pour que la première phase soit finalement achevée d’ici la fin de 2026.
Pour un projet appelé à devenir l’un des principaux outils de développement du football à la base au Togo, le véritable enjeu est désormais moins de rattraper le calendrier initial que de livrer une infrastructure fonctionnelle, durable et à la hauteur des ambitions annoncées.

