L’élimination du Togo du tournoi qualificatif UFOA-B des moins de 20 ans relance, une fois encore, le débat sur la responsabilité du sélectionneur Ametokodo Messan. Avec un bilan de dix défaites, quatre matchs nuls et une seule victoire à la tête de cette sélection en 15 matchs , les critiques sont nombreuses. Pour beaucoup d’observateurs, le technicien togolais devrait quitter son poste. Mais au-delà des chiffres, une question fondamentale mérite d’être posée : Ametokodo Messan est-il réellement le principal responsable des échecs répétés des U-20 du Togo ?
À première vue, les statistiques plaident contre lui. Pourtant, réduire les difficultés du football togolais à la seule responsabilité d’un entraîneur serait une analyse simpliste.
Le paradoxe est d’ailleurs frappant. Sur la scène nationale, Ametokodo Messan fait partie des entraîneurs les plus performants de sa génération. Ancien international togolais, il a conduit l’ASKO à deux titres de champion consécutifs avant de réaliser le même exploit avec l’ASCK. Un tel palmarès ne peut être le fruit du hasard.
Et son cas est loin d’être isolé.
Avant lui, plusieurs techniciens réputés ont occupé le banc des Éperviers U-20 sans parvenir à inverser la tendance. Le regretté Ayivi Ekoué, considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs de l’histoire du football togolais et seul technicien national à avoir qualifié un club togolais ( AS Togo port) pour la phase de groupes de la Ligue des champions de la CAF, n’avait pas non plus obtenu les résultats espérés avec cette sélection. Adam Fazazi, le regretté Gnéni Sebabi ou encore Jonas Komlan, qui s’est illustré avec les sélections des jeunes au Mali, ont également échoué dans cette mission.
Lorsque plusieurs entraîneurs aux profils et aux compétences reconnus connaissent les mêmes difficultés, il devient légitime de s’interroger : le véritable problème est-il sur le banc de touche ou ailleurs ?
Le mal semble en réalité plus profond.
Les sélections de jeunes sont le reflet de la qualité du travail effectué à la base. Or, au Togo, les compétitions régulières de jeunes sont rares, voire inexistantes. Les sélectionneurs sont ainsi contraints de puiser essentiellement dans les centres de formation. Mais une autre interrogation s’impose : quelle est réellement la qualité de la formation dispensée dans ces académies ?
Au-delà des infrastructures, c’est aussi la qualification des formateurs qui interpelle. Quel est le niveau des entraîneurs chargés de développer les jeunes talents ? Disposent-ils des compétences et des diplômes nécessaires pour accompagner efficacement les futurs internationaux ? Sans une politique cohérente de formation des éducateurs, il est difficile d’espérer voir émerger une génération capable de rivaliser avec les meilleures équipes de la sous-région.
Certes, certains reprochent également aux sélectionneurs nationaux de ne pas toujours disposer des licences les plus élevées, notamment la Licence CAF A. Cet aspect mérite d’être pris en considération. Mais il ne saurait masquer les véritables carences structurelles d’un système qui peine à produire des joueurs suffisamment compétitifs.
Aujourd’hui, les difficultés de la sélection A trouvent en partie leur origine dans les contre-performances répétées des catégories de jeunes. Ces dernières sont censées préparer la relève, construire une identité de jeu et alimenter durablement l’équipe nationale. Lorsque cette chaîne de formation est défaillante, les conséquences finissent inévitablement par se faire ressentir au plus haut niveau.
Changer d’entraîneur après chaque échec peut donner l’impression d’agir, mais cela ne résout pas les problèmes de fond. Tant que le football togolais ne mettra pas en place une véritable politique de développement des jeunes, avec des championnats réguliers, une meilleure structuration des centres de formation, une montée en compétence des éducateurs et un suivi rigoureux des talents, les résultats risquent de rester les mêmes, quel que soit le sélectionneur.
L’heure n’est donc plus à la recherche de boucs émissaires. Elle est à la réflexion et aux réformes. Les premières autorités sportives du pays ont aujourd’hui la responsabilité de repenser le modèle de développement du football togolais. Car c’est à la base que se construisent les victoires de demain. Sans cette restructuration, les éliminations des sélections de jeunes continueront de se répéter, et les ambitions du football togolais resteront, elles aussi, au stade des promesses.

